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On cherche la petite bête à cette cigarette électronique

Philippe Presles, tabacologue, se félicite de la décision du Parlement européen de ne pas faire de la cigarette électronique un médicament.

Philippe Presles est tabacologue à l’institut Moncey, un organisme qui développe des programmes de prévention à destination des entreprises. Lundi, il a signé un texte avec neuf autres médecins intitulé «Appel pour la reconnaissance médicale de la cigarette électronique». Dans lequel il s’opposait à la volonté d’une partie des eurodéputés de faire de la cigarette électronique un produit soumis au règlement des médicaments. Il revient sur ce dossier, alors que les parlementaires strasbourgeois lui ont donné raison, ce mardi.

Comment réagissez-vous à la décision du Parlement européen de ne pas faire de la cigarette électronique un médicament ?

Nous sommes bien entendu satisfaits. Nous sommes favorables au fait que l’industrie pharmaceutique lance des cigarettes électroniques dans les pharmacies, mais sans pour autant casser toute l’économie qui s’est développée autour de ce produit, dans les commerces spécialisés ou chez les buralistes. Nous sommes pragmatiques et souhaitons qu’un maximum de personnes cesse de fumer.

Comment analysez ce choix des eurodéputés ?

C’est une défaite de l’industrie du tabac. Celle-ci veut équilibrer le marché autour de 90% pour la cigarette classique, et 10% pour la cigarette électronique. Si la vente de ces dernières avait été réservée aux pharmacies, cela aurait cassé les concurrents, alors que certaines grandes entreprises, comme British American Tobacco, elles, ont déjà obtenu des autorisations de mises sur le marché pour leurs e-cigarettes.

Les eurodéputés ne demandaient qu’une autorisation de mise sur le marché «allégée» pour les cigarettes électroniques. Cela n’aurait pas pu vous satisfaire ?

Il faut respecter les paramètres de sûreté et les obligations d’affichage existants, sans oublier les contrôles de la DGCCRF. On ne peut pas faire n’importe quoi en France aujourd’hui. Il s’agit simplement d’appliquer les règles.

Mais les composants des cigarettes électroniques ne sont pas anodins. Ne faudrait-il pas des contrôles plus poussés ?

Cela fait quelques années qu’on enquête sur ce produit, et on retrouve toujours les mêmes composants : propylène glycol, glycérine… Rien de spécial, donc. On n’a en revanche aucune trace des trois grands poisons de la cigarette classique : goudron, particules fines et monoxyde de carbone. La cigarette électronique est très peu dangereuse. Où doit-on la placer sur l’échelle des dangers, par rapport aux bonbons qui favorisent l’obésité, au saucisson qui provoque de l’hypertension, ou aux écrans de jeux vidéo qui fabriquent des sédentaires obèses ? On cherche la petite bête à cette cigarette électronique. A 99,9%, les experts sont d’accord pour dire que c’est moins dangereux que le tabac qui tue tout de même la moitié de ses consommateurs. Cette puissance du doute est dangereuse. J’ai vu des gens retarder leur projet de vapotage à cause de ce doute, c’est terrible.

Pourquoi, selon vous, la vente en pharmacie aurait-elle limité l’accès à la clope électronique ?

Cela aurait limité la recherche. Cela fait dix ans que les fabricants de cigarettes électroniques travaillent à améliorer leurs produits. Aujourd’hui, on a une centaine de modèles différents, 200 types de recharges… Alors que pour un médicament, quand le dossier est déposé, il ne bouge plus. En se privant de cette dynamique de recherche, on aurait réduit l’approvisionnement.

Les vendeurs de cigarettes électroniques représentent aussi un business. Ils peuvent chercher à fidéliser leur clientèle en les rendant «accros», en quelque sorte…

C’est comme pour le business de la ceinture de sécurité, ça ne me dérange pas qu’on essaye d’améliorer le produit. Le tabac, c’est une industrie de mort. Les cigarettes électroniques, un business de la vie. Ça va dans le sens du progrès. Mais en même temps, il faut continuer à éduquer les gens contre le tabac, et faire en sorte que seuls les fumeurs passent à la cigarette électronique. Pas les autres, notamment les jeunes.

 

Source: Liberation, interview réalisée par Sylvain Mouillard

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